Date : Juin 2000
Source : Hard & Heavy (Merci à Chris)
Chronique par Jean-Pierre Sabouret

AC/DC, Iron Maiden, Trust, Motörhead... On a du mal à croire que c’est l’an 2000 et pas les glorieuses 80’s. Voilà un calendrier de sorties d’albums qui nous ramène en effet une bonne vingtaine d’années en arrière, à une époque où ces quatre groupes, aussi différents soient-ils, attiraient sensiblement le même public. Il faut croire qu’on se posait bien moins de questions qu’aujourd’hui, à commencer par celle de savoir si ces groupes dureraient aussi longtemps. Mais il ne faut pas désespérer et à voir le carton réalisé par la bande à Angus, tout porte à croire que les choses n’ont pas tant changé que ça. Il fallait juste une bonne année avec des sorties de cet acabit. Dans le cas de Iron Maiden, on a la nette impression que la partie est jouée d’avance et qu’il n’avait guère de mouron à se faire. C’est mal connaître l’orgueil des Britanniques. Ce Brave New Worldse devait d’être phénoménal et, inutile de faire durer le suspense plus longtemps, il l’est assurément ! Avant d’entrer dans le détail, le groupe s’est enfin décidé à arrêter le bricolage "maison" et a enrôlé un producteur digne de ce nom. On ne peut du reste s’empêcher de faire le parallèle avec Metallica et son Bob Rock. Tout en respectant scrupuleusement le style et le son Iron Maiden, Kevin Shirley a redonné une dimension qui lui faisait cruellement défaut depuis probablement Somewhere In Time. Et encore, on se gardera de trop chercher à comparer ce douzième album studio avec les précédents. Deux ou trois breaks par trop prévisibles mis à part, le sextet a fait peau neuve et si (pour les anciens) vous pensiez que Iron Maiden s’était montré téméraire sur Seventh Son...- on parlait alors de "Iron Marillion"-, attendez de vous mettre ce Brave New World entre les esgourdes. Passé un tour de chauffe relativement classique (The Wickerman,Ghost Of The Navigator), Brave New World alterne ambiances folk-prog et humeurs électriques, Blood Brothers (l’une des trois perles de l’album) est une transposition metal d’un menuet qui évoque par moment les chants de marins, The Mercenary serait presque conventionnel, s’il n’y avait ce curieux tempo qui ne vous lâche pas une seconde, Dream Of Mirrors (autre joyau de Brave New World à la structure on ne peut plus complexe) marie les contrastes de façon saisissante, l’aspect harmonieux des trames mélodiques se trouvant particulièrement rehaussé par une frappe d’une rare lourdeur... Le genre de titre où vous ne saurez jamais vraiment s’il faut ou non sortir le briquet en concert, d’autant qu’il s’étire sur plus de neuf minutes... Léger répit avec The Fallen Angel, lequel ne manquera pas d’évoquer The Trooper, le titre le plus court et le plus "raisonnable" de l’album, mais ce n’est que pour mieux enchaîner avec une nouvelle curiosité (et troisième merveille de l’album) où les musiciens se plongent dans une atmosphère orientale envoûtante, avec un long passage quasi symphonique tout simplement splendide. À la limite, on aurait même pu s’arrêter là, tant le menu est copieux. Non pas que les deux derniers titres, Out Of The Silent Planet et The Thin Line Between Love And Hate, soient totalement dispensables, le premier apportant un peu de gaîté façon Can I Play With Madness, et le second servant de prétexte à des déluges de guitares, mais ils paraissent nettement moins fignolés que le reste de l’album. Que pourra-t-on ajouter si ce n’est que Bruce Dickinsonsigne là sa meilleure prestation en studio et que la présence de trois guitaristes donne lieu à d’impressionnants duels (euh, à trois on dit "truels" ?). Si cette nouvelle incarnation de Iron Maiden en hydre à six têtes naviguait entre le désir de rassurer (ou de se rassurer) et celui de surprendre, c’est finalement la seconde option qui l’emporte d’une courte tête. L’album ambitieux que l’on attendait depuis le demi-échec de Seventh Son...