Date : Mai 2000
Interview de Janick Gers & Steve
Harris par Florence Rajon
Source : Start Up (Merci à Chris)

Après avoir passé ces sept dernières années à se faire la gueule, Steve Harris et Bruce Dickinson se sont enfin réconciliés. Même s'ils répondent aux interviews séparément, ils ont ensemble concocté le nouvel album d'Iron
Maiden. Rencontre avec la légende du metal.

Comment ça fait de retrouver Bruce, après sept années de séparation ?

Steve Harris: Bien ! On a toujours été très positif. C'est naturel, ça nous semble juste.

Qui a fait le premier pas ?

S.H: Ca ne s'est pas passé comme ça, c'est notre manager qui a organisé la rencontre (rires). On a décidé de discuter avec Bruce et ça s'est très bien passé.

Jannick Gers: C'était comme une sorte d'engagement. Bruce avait quitté le groupe parce qu'il ne voulait plus en faire partie. Quand il s'est posé la question de savoir s'il devait revenir, on a fait en sorte qu'il ait envie de rester. C'est une sitution naturelle et saine.

Ce n'est pas bizarre de vous retrouver réunis ?

J.G: Pas le moins du monde ! C'est tout naturel au contraire. La seule chose qui ait changé, c'est la coiffure !

Est-ce que Iron Maiden va durer encore longtemps ? (Tous les deux sont morts de rire)

S.H: On nous pose toujours cette question...

J.G: We'll rock til' we drop ! Ah ah ah !

S.H: Je n'en sais rien... C'est difficile à dire. Les gens nous demandaient déja ça, il y a dix ans et nous sommes encore là.

J.G: Le truc, c'est de s'amuser. Continuer ne vaut le coup que si on s'amuse et qu'on fait quelque chose de neuf. J'arrêterais le jour où j'aurais l'impression de stagner ou de ne pas être épanoui dans la musique. Les gens changent, partent, reviennent. C'est leur droit le plus élémentaire, si ça les rend plus heureux.

Maintenant qu'il y a trois guitaristes dans le groupe, comment faites-vous pour vous y retrouver ?

S.H: L'année dernière on a fait quelques shows, qui se sont très bien passés.

J.G: Les concerts permettent d'explorer de nouveaux sons. Tu peux jouer
toujours les mêmes accords et les mêmes sons, ou bien choisir d'être créatif... Il y a toutes sortes de choses que tu peux faire avec trois guitares. Ca peut être très intéressant. Il me semble qu'il y a un autre groupe qui utilise trois guitares. C'est ce qui est fascinant. Je trouve que ce nouvel album est très... [il se penche et murmure d'une voix grave]... sexy.

Allez-vous faire appel à Derek Riggs pour dessiner la pochette ?

S.H: En partie. Lui et quelqu'un d'autre.

Vous ne vouliez pas changer ?

J.G: Vous voulez parler d'Eddie ? Non, c'est bien parce qu'on peut aller faire nos courses tranquilles.

Comme Kiss ?

S.H: Oui. Si Eddie allait faire du shopping, ça poserait quelques problèmes.
J.G: De gros problèmes chez Sainsburry's [Sainsburry's est l'équivalent de Monoprix, NDR].

Vous n'en avez pas marre de lui ?

S.H: Non, on peut lui faire faire tout ce qu'on veut ! Sur scène surtout. Et de toute façon il est beaucoup plus beau que nous.

Vous l'aimez tellement que vous lui avez consacré un jeu vidéo.

J.G: Oui, c'est un jeu de tirs. Bien sûr on ne prétend pas rivaliser avec le dernier Lara Croft... On a quand même dépensé quinze millions [de livres Sterling NDR] dans ce jeu. Le résultat est incroyable.

S.H: Les effets spéciaux sont spectaculaires. L'effet 3-D est particulièrement réussi. On peut choisir la bande-son (d'Iron Maiden) qu'on veut.

Avez-vous des enfants ?

Réponse collective: Oui

S.H: Cinq.

J.G: Deux !

Est-ce qu'ils ont peur d'Eddie ?
(Rires)

J.G: Oui !

S.H: Ils l'adorent. Ils en avaient un peu peur quand ils étaient plus jeunes. Je me souviens qu'en 1996, pendant un concert, ils étaient sur le côté de la scène quand Eddie est arrivé. Ils étaient visiblement très nerveux ! C'est fini maintenant.

J.G: Ma fille l'adore même si elle en a un peu peur.

Vos textes ne sont pas très optimistes, ils parlent souvent de fin du monde, de destruction.

J.G: Non, on parle de tout. Steve a écrit des textes incroyables, très poétiques.

S.H: Le nouvel album s'appelle Brave New World, ça me semble assez positif comme titre. Généralement on parle de ce qui se passe autour de nous. La plupart des titres qu'on a écrits coïncidaient avec les évènements en Bosnie. C'était loin d'être une période optimiste. Cela reflète le monde dans lequel nous élevons nos enfants.

J.G Un album est le reflet de la personne que tu es, et du monde dans lequel tu vis.

Quel était l'ambiance en studio ?

J.G: Nous étions heureux que Bruce soit de retour. Nous sommes allés en studio le plus rapidement possible, pour développer nos chansons. On a pris un peu de vacances après la tournée. C'est ce qu'on fait habituellement. Nos
tournées sont tellement longues...

S.H: Quand tu apportes des émotions positives à une chanson... le résultat est positif.

J.G: C'est un album très positif au contraire. Je ne trouve pas qu'on ne parle que de destruction et de mort.

Que pensez-vous du black metal américain ?

J.G: Je pense que c'est [il fait semblant de vomir].

S.H: Je ne pense pas que ce soit une question de nationalité. Je n'ai pas de problème avec les mélodies, mais souvent la voix laisse à désirer.

J.G: (Rires) On a grandi en écoutant des chanteurs extraordinaires qui avaient une vraie voix: Robert Plant, John Lennon...

S.H: Ce qui compte, c'est la mélodie et malheureusement, une heure de braillements [il les imite]. Dieu les bénisse. S'ils croient en ce qu'ils font, ça ne me pose pas de problème. J'aime les chanteurs qui chantent avec leur âme.

Qu'écoutez-vous aujourd'hui ?

S.H: Puisqu'on parlait de voix, j'aime les chanteurs qui ont un timbre étrange. Le chanteur de Type-O-Negative a une voix intéressante.

J.G: Je n'aime pas le rap, j'ai besoin de mélodies. Pour beaucoup de titres black metal, il est difficile de saisir la mélodie de voix.

Où vivez-vous aujourd'hui ?

J.G: En Angleterre.

S.H: Je ne pourrais pas vivre aux Etats-Unis de toute façon.

Pourquoi ?

S.H: Parce que la vie là bas est trop violente. Non, la vérité, c'est que je ne pourrais pas vivre dans un pays où ils jouent au foot avec le mauvais ballon (rires).

Vous êtes fans de foot... Arsenal ?

J.G: (catastrophé) Mon Dieu, non !!

S.H: Non, c'est West Ham.

Steve, est-ce vrai que vous avez peint votre basse aux couleurs du club dont vous êtes supporter ?

S.H: Je ne l'ai pas fait moi-même. J'ai fait reproduire la bannière officielle du club de West Ham.

Vous auriez préféré être footballeur ?

S.H: Non, je suis juste fan. De toute façon, ma carrière serait terminée depuis longtemps si j'avais été footballeur.

Vous seriez peut-être entraîneur...

S.H: Hmmm... ou manager. Non, je ne crois pas.

Vous avez des fans partout dans le monde. En Islande, l'un d'entre eux se demandait combien ça lui coûterait de vous faire jouer dans son jardin ?

(Rires collectifs...)

Steve, on dit que vous êtes le seul à signer des autographes à la fin des concerts.

S.H: C'est parfois vrai. S'ils attendent, je signe.

J.G: C'est très rare qu'on parte quand quelqu'un attend à l'extérieur des loges. Il est en général deux heures du matin... il ne reste plus grand monde, mais s'il y en a trois ou quatre, on signe.

S.H: Parfois, on a un emploi du temps serré donc on n'a pas le temps...

J.G: Et parfois, ils sont trop nombreux.

Vous semblez particulièrement soucieux de vos fans...

S.H: C'est normal, non ?

Ce n'est pas toujours le cas...

S.H: Alors ce sont probablement des artistes américains (rires).

Vous détestez les Américains à ce point ?

J.G: On ne les déteste pas. Disons qu'ils ont un autre style de vie.

S.H: Une autre attitude. Il y a tout ce star system... Ils sont plus motivéspar le succès qu'ailleurs. Ce n'est pas ce que nous souhaitons. Pour les Américains, succès rime avec argent. Ce n'est pas ma façon de penser.

L'Angleterre n'est pas si différente...

S.H: Ce n'est pas la même chose.

J.G: C'est très différent.

Chaque semaine, le NME érige de parfaits inconnus en stars...

S.H: Je ne lis pas ces magazines. Et le NME a toujours cherché LE truc.

Avez-vous hâte de retrouver la scène ?

S.H: Oui, c'est pour ça qu'on fait ce métier.

J.G: Parce que tu rencontres les fans et que tu joues une musique nouvelle.

Eddie sera avec vous ?

S.H: Oui. Il sera très différent, mais on ne peut pas en dire plus.