Date : Décembre 1998
Source : Hard n' Heavy (merci à Chris)
Interview de Steve Harris par Jean-Pierre Sabouret

Mieux encore que Metallica, Iron Maiden reste l’un des meilleurs exemples de groupe underground qui a réussi. Là où l’immense majorité des groupes de sa génération a subi de nombreuses transformations pour suivre les aléas du marché, Iron Maiden est resté fidèle à un style et une personnalité depuis son tout premier album. À l’heure d’une nouvelle réédition des douze premiers pavés de la Vierge de Fer, Steve Harris se prête au petit jeu du bilan. Hier, aujourd’hui, demain, Iron Maiden demeure incontournable.

Certes, il y a bien eu quelques légers écarts de conduite, mais jamais aussi évidents que ceux d’un Def Leppard, pour retenir un exemple pas tout à fait innocent. Mais la luxueuse réédition de l’intégralité de sa discographie “pré-Bayley” montre bien que l’on ne peut guère trouver une vague tentative de séduction des toutes puissantes radios américaines que sur l’album Piece Of Mind. Une tentative qui s’est révélée vaine, tant et si bien qu’ Iron Maiden s’est contenté d’une carrière où il s’est toujours imposé à la force du poignet, c’est-à-dire grâce à ses prestations scéniques, sans trop chercher à adapter une musique que l’on peut difficilement considérer comme outrageusement commerciale. C’est certainement cette probité qui a permis au groupe de Steve Harris d’être aussi universellement respecté et apprécié dans le milieu musical, mais également aussi critiqué par les médias qui considèrent une telle attitude comme une preuve flagrante d’immobilisme stylistique. Au moins deux albums, Somewhere In Time et Seventh Son Of A Seventh Son sont pourtant là pour prouver que Iron Maiden possédait bien moins de limites créatives que l’on croyait. Mais ceux-là même qui reprochaient au groupe de reprendre les mêmes recettes d’album en album lui ont cette fois reproché d’être trop “différent”. Allez comprendre…

DE LA SUITE DANS LES IDÉES

Steve Harris, lui, ne cherche plus depuis longtemps. En cela, il a retrouvé sensiblement le même raisonnement que celui des tous débuts, à une époque où les maisons de disques étaient prêtes à signer Iron Maiden si ses membres acceptaient de se couper les cheveux pour ressembler à un groupe punk. Le heavy-metal était alors considéré comme un style voué à l’underground, les grands visionnaires qui décident de tout dans l’industrie du disque ignorant alors ouvertement les milliers de fans qui soutenaient Iron Maiden qu’il soit à la mode ou pas. Les choses ont-elles vraiment changé depuis ? Même si le heavy metal a connu une période d’euphorie dans les années 80, l’exemple de Iron Maiden est bien là pour continuer à prouver que ce n’est que par le biais de la scène qu’il continue à imposer imperturbablement ses albums.Au moment de passer en revue les douze albums qui ont précédé l’arrivée de Blaze Bayley, Steve ne manquera pas de paraître quelque peu prétentieux aux yeux de ceux qui ne le connaissent pas ou peu. Loin de jouer la carte de la fausse modestie, de l’artiste éternellement insatisfait, tout au moins en apparence, il n’hésite pas à se montrer fier de présenter un tel bilan, fier surtout de n’avoir jamais renié ses racines, fier de n’avoir jamais coupé ses cheveux et d’avoir fait la sourde oreille à tous ceux qui tentaient de lui expliquer la direction musicale que devait suivre son groupe pour s’adapter à son époque.

On est surpris de voir cette massive opération de réédition si rapprochée de la sortie de votre dernier album, ça n’aurait pas pu attendre l’an prochain, le temps de digérer Virtual XI ?

Je crois simplement que les albums étaient enfin prêts. Il n’y a aucune autre raison. En fait, c’est bien l’une des rares fois où un projet du groupe n’est pas réalisé dans la précipitation. Normalement, nous sommes toujours en retard, mais, pour une fois, ce n’était pas le cas. En fait, les gens d’EMI voulaient aussi que tout soit prêt pour la sortie du jeu (Ed Hunter) et finalement, c’est le jeu qui n’est pas encore au point (rires).

Lorsque vous avez sorti Virtual XI , on attendait le jeu d’un jour à l’autre, mais il n’y a toujours rien à l’horizon. Quand doit-il sortir ?

Nous allons bientôt jouer du côté de Wolverhampton, où est basée la société qui développe le jeu. Nous en profiterons pour voir où ils en sont, vérifier que les différents niveaux du jeu, qui est très complexe, fonctionnent correctement. Nous en avons déjà vu des extraits et c’était vraiment impressionnant.

Il paraît que la première mouture qui vous a été proposée n’était pas satisfaisante…

Oui, il y avait quelques détails à revoir, nous allons donc vérifier qu’ils ont été rectifiés et s’il y a encore d’autres parties à corriger. Si tout va bien, Ed Hunter devrait sortir dans les semaines qui viennent. Il aurait d être disponible ce mois-ci, mais ces problèmes techniques ont retardé le projet d’au moins un mois.

Pour en revenir à la réédition de votre discographie, comme on l’a vu pour de nombreux groupes, les premières versions laser n’étaient pas toujours satisfaisantes. Le remastering effectué était-il indispensable selon toi ?

En toute franchise, je tenais absolument à ce que ce soit fait un jour. Mais je n’étais pas forcément ravi que la sortie des albums soit aussi rapprochée de la sortie de Virtual XI . J’aurais personnellement préféré que ça attende l’année prochaine. Mais pourquoi pas ? Après tout, le timing n’est pas si mauvais, si l’on considère le fait que ces rééditions sortent pour la fin de notre tournée et que Noël approche. Cela dit je suis extrêmement content du résultat. La maison de disques a effectué un superbe travail. Les livrets sont magnifiques, avec des tas de photos, les textes des titres des deux premiers albums ont été reproduits ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent, le son est beaucoup plus clair et puissant. Et je ne parle pas de la partie interactive qui devrait intéresser pas mal de gens. La majorité des gens ont un PC et je crois qu’il faut savoir aller avec son temps.

COMPUTER GAMES…

L’informatique s’est effectivement démocratisée, mais penses-tu que le passage à l’ordinateur est inexorable dans le domaine musical ?

Oui, même si on trouvera toujours quelques irréductibles, je prendrai l’exemple de notre Manager, Rod Smallwood, il y a encore quelques mois, il vivait au Moyen-Âge. Il n’avait qu’un poste à cassettes et il n’écoutait jamais de CD. À la fin, j’ai refusé de lui fournir des cassettes de ce que nous enregistrions, le son était vraiment trop pourri. Je lui ai clairement expliqué : « Rod, les cassettes sont dépassées, c’est de la merde. Je ne veux pas que la première fois que tu écoutes nos nouveaux titres ce soit sur une cassette ! Pour l’amour de dieu, achète-toi un lecteur CD… » Finalement, il s’est acheté une nouvelle voiture et, coup de bol, il y avait déjà un lecteur CD installé. Et pas de cassettes !

En ce qui te concerne, tu sembles finalement t’être mis à l’ordinateur de façon intensive…

Oui, je travaille avec un PC pour tout un tas de choses, que ce soit en studio ou chez moi. Avant j’avais un McIntosh et j’adorais la façon dont était structuré le mode d’organisation de ces appareils, mais je crois que c’est comme ce qui s’est passé avec la vidéo, lorsqu’il y a eu la guerre entre le système VHS et Beta. Ce dernier était bien meilleur, mais c’est VHS qui s’est imposé. On ne peut rien y faire. L’erreur de McIntosh a été de n’autoriser personne à produire des ordinateurs sur les mêmes principes alors que n’importe quel fabricant peut faire des compatibles PC. Après ça, il y a aussi cette énorme organisation qui produit une quantité effarante de logiciels ou de jeux.

MON PÈRE, CE ZÉRO !

Ne le prends pas mal, mais beaucoup de gens vont certainement être surpris en constatant que tu possèdes de telles connaissances sur le “monde moderne”. Il y a quelques années, on aurait tout de même eu du mal à t’imaginer penché sur un clavier pour travailler sur le nouvel album du groupe ou sur ces rééditions…

Mais je ne suis pas un vieillard (rires) ! En fait, je vous dois la vérité, j’ai dû apprendre à me servir des ordinateurs il y a quelques années, lorsque mes enfants ont commencé à s’en servir à l’école. Au début, j’étais terrifié. J’allais aux cours du soir et il n’y avait que des gamins qui se débrouillaient déjà comme des chefs à cinq ou six ans. Je ne comprenais même pas ce à quoi servait une disquette et j’avais peur de toucher le clavier. J’ai fini par m’acheter mon premier micro-ordinateur et je m’y suis mis petit à petit. Il fallait bien. Si mes enfants me posaient une question, j’étais leur père et je devais être capable de leur répondre. Mais c’était un bon exercice. Dieu merci, c’était avec un système très simple, proche de celui des Mac. Depuis, je me suis mis aux PC et j’ai dû presque tout réapprendre. Je ne comprenais rien au système Dos, il réclame une telle précision… Mais là encore, il faut aller avec son temps et j’ai dû m’y faire. Sans être devenu un malade de l’informatique, je commence à me débrouiller pas trop mal. Lors de l’enregistrement du dernier album, nous avons même servi de cobayes pour l’élaboration d’un nouveau logiciel, appelé Soundscape. Nous passions notre temps à appeler les ingénieurs pour leur expliquer ce qui n’allait pas et ils amélioraient leur programme grâce à nous. Ils nous envoyaient alors toutes les mises à jour par internet. Avant, nous nous servions d’un logiciel qui s’appelle Proto, mais qui n’était pas du tout fiable. Je me suis même engueulé avec les ingénieurs qui ne supportaient pas que j’ose critiquer leur “création”.

Qu’est-ce qui clochait ?

Ce logiciel manquait de précision, mais ses concepteurs refusaient de croire que j’étais capable d’entendre des petits décalages d’un millième de seconde. J’ai dû leur prouver avec un métronome… Je déteste ces mecs qui développent des logiciels sans vraiment se renseigner sur ceux qui vont devoir les utiliser. Et lorsque tu les contactes pour leur expliquer que ça ne fonctionne pas, ils se sentent attaqués. Le résultat est que des gens dépensent des fortunes dans des logiciels qui ne sont pas toujours très fonctionnels. J’ai passé entre douze et seize heures par jour, sept jours sur sept, pendant des mois, et ces mecs me rendaient dingues. Ils ne voulaient même pas écouter ce que j’avais à leur dire. C’est comme tous ceux qui vous expliquent que le système digital est parfait et qu’il n’existe pas de différence lorsque l’on fait des copies en digital. C’est un mensonge ! J’ai même fini par découvrir que le son change énormément avec la longueur des câbles que l’on utilise. Je suis désolé d’avoir de bonnes oreilles, mais je me suis fritté avec trois ingénieurs du son lors de l’enregistrement de The X Factor. Nous utilisions un appareil qui doit valoir 90 000 livres (900 000 francs) et j’ai commencé à leur expliquer : « Bordel ! Je me fous que cette merde coûte 90 000 livres ou même neuf millions. Le son de la copie n’est pas le même. » Ils ont fini par se rendre compte que ça venait du câble. Je sais ce que j’entends, je ne suis pas fou. Je fais bien plus confiance à mes oreilles qu’à tous ces soi-disant “spécialistes”.

RUNNING FREE

As-tu suivi de près le travail effectué sur vos anciens albums et quel est ton sentiment en les réécoutant ?

J’ai tout suivi de A à Z et je suis réellement très content du résultat. Vous n’imaginez pas le nombre de détails qu’il a fallu régler, depuis le remastering jusqu’à la création des nouveaux livrets, en passant par les sections CD Rom. Je flippe encore un peu parce qu’à chaque fois que j’ai eu à relire les textes, j’ai trouvé des fautes… J’espère malgré tout qu’il n’en reste pas trop.

Commençons par Iron Maiden…

Contrairement aux autres albums, je trouve qu’il a un peu vieilli… Mais d’un autre côté, les morceaux étaient excellents. C’était une sorte de Best Of des quatre premières années de Iron Maiden. Nous l’avons enregistré en à peine deux semaines, pratiquement dans les conditions du live. Nous connaissions tous les titres par cœur et ça nous a paru facile. Mais nous avons trop fait confiance au producteur et ce fut une lourde erreur. Il était là avec ses pieds sur la table de mixage, en train de lire son journal… Nous étions tous très excités et nous allions le voir au début pour lui demander ce qu’il pensait de tel ou tel titre et il se contentait de grogner : « Bof, vous pouvez faire mieux… » À la fin, nous avons laissé tomber et nous l’avons ignoré. En fait, le son de cet album est un peu pauvre dans la mesure où nous avons fini par nous produire nous-mêmes et que nous ne savions pas vraiment ce que nous faisions.

Killers ?

Le son de ce deuxième album est infiniment meilleur. Merci à Martin Birch… Le plus rageant est que nous avons fini par apprendre qu’il voulait aussi s’occuper de notre premier album. Nous n’avions pas osé lui demander, tant il nous paraissait important. Il avait produit la plupart de nos groupes préférés et nous n’imaginions pas une minute qu’il puisse être intéressé par un petit groupe inconnu comme le nôtre. Comme vous dites : “C’est la vie" (en français) ! D’un autre côté, les progrès du groupe entre les deux albums étaient d’autant plus perceptibles que la production était meilleure. Nous avons aussi eu un peu plus de temps et il n’y avait que quatre nouveaux titres, les autres étant ceux que nous jouions depuis des années.

Tant qu’à inclure des titres en bonus, pourquoi ne pas avoir inclus les titres du EP live Iron Maiden Japan ?

On aurait pu, bien sûr, mais ce EP a été enregistré peu de temps avant le départ de Paul Di’Anno et ce n’était pas sa meilleure prestation, loin de là. Je suis certain qu’il y aura des fans qui ne seront pas d’accord avec moi… Mais on verra plus tard s’il y a lieu de remasteriser aussi ce EP ou certains de nos simples…

BÊTE DE SOMME

Number Of The Beast, l’album ultime pour certains…

Pour Iron Maiden, Number Of The Beast représentait une toute nouvelle expérience. Pour la première fois, nous nous sommes retrouvés dans la situation où le groupe devait composer un album en entier. Nous n’avions plus d’anciens titres en réserve, contrairement aux deux premiers albums. Et cela changeait bien des choses ! C’était d’autant plus angoissant que nous n’avions pas eu une minute de libre pour composer, ayant enchaîné les albums et les tournées sans la moindre pause. Mais le studio était réservé, toute la machine était lancée et nous ne pouvions pas reculer. La pression était énorme, mais ce n’était peut-être pas plus mal à cette époque. On ne s’imagine pas à quel point cela vous change, après avoir composé de façon naturelle pendant des années, en écrivant des chansons au fur et à mesure qu’elles nous venaient à l’esprit, et, d’être, du jour au lendemain, obligé de composer l’intégralité d’un album qui doit impérativement paraître meilleur que les précédents. Mais, dans un sens, cette pression a été bénéfique et, depuis, nous nous sommes toujours mis dans cette situation de stress à chaque album. Nous nous accordons un délai précis à ne pas dépasser quoi qu’il advienne.

La pression devait être d’autant plus forte que cet album présentait un nouveau chanteur qui aurait pu ne pas plaire à votre public, déjà important à cette époque.

Oui, nous avions un noyau de fans hardcore partout dans le monde, même dans des pays où nous n’avions pas ou peu joué. Nous n’avions pas tourné aux States avec le premier album, mais dès le second, nous avions constaté que le groupe attirait déjà un public conséquent. Au Japon, nous avions pu tourner en tête d’affiche dès le premier album. En Europe, c’était incroyable. Nous avions d’abord assuré la première partie de Kiss et, lorsque nous sommes revenus avec Killers, l’accueil était phénoménal. Je garde encore un souvenir très marquant des deux concerts au Bataclan… Il y avait donc de fortes chances pour que ce troisième album représente une véritable explosion pour le groupe.

À condition qu’il soit à la mesure des attentes…

Exactement ! Je reste persuadé que cette position avantageuse se serait retournée contre nous si nous avions gardé Paul dans le groupe. Il ne pouvait et ne voulait pas suivre. Il refusait de partir pour de longues tournées et rien que pour ça, il fallait trouver un nouveau chanteur…

ESPRIT REVÊCHE

Passons à Piece Of Mind. Bien qu’enregistré sous le soleil des Bahamas, cet album passe pour être le plus lugubre de toute la discographie d’ Iron Maiden…

(Il paraît embarrassé) Je n’ai pas ce sentiment… Le moral du groupe était excellent et c’est encore aujourd’hui l’un des meilleurs souvenirs de studio. Merde, nous étions aux Bahamas et si on se fait chier dans un tel paradis, c’est qu’on a un problème ! Mais je veux bien reconnaître que, curieusement, Piece Of Mind est un album très agressif. Après la tournée et les émotions intenses que nous avions connues, je crois que ça peut se comprendre… De plus, Nicko venait d’arriver dans le groupe et il a vraiment mis l’ambiance. Je peux vous jurer que nous avons fait plus d’une fois la fête. Nous bossions très dur sur l’album, mais dès qu’une prise était terminée, nous allions nous défouler. Avoir changé de batteur a beaucoup modifié notre son, mais cet album, plus encore que The Number Of The Beast, est néanmoins resté mon préféré pendant des années. Il y avait d’excellents titres sur le précédent, mais il manquait d’unité, alors que l’atmosphère générale de Piece Of Mind est très intense.

Powerslave

Lorsque je le réécoute aujourd’hui, je le trouve un peu moins efficace que les autres albums. On trouve quatre morceaux vraiment très forts, mais le reste est plus anecdotique… Pour beaucoup de gens, c’est notre meilleur album, mais je ne partage pas cet avis. 2 Minutes To Midnight, Powerslave, Rime Of The Ancient Mariner, Aces High sont de très bonnes compositions, mais je n’en dirais pas autant des autres…

Live After Death

Nous sommes avant tout un groupe de scène et les albums live sont donc très importants pour nous, mais je ne les considère pas, malgré tout, avec la même importance que nos albums studio. Je pense que l’intérêt principal de Live After Death est d’avoir été enregistré presque complètement lors d’un seul concert. Le son est donc très homogène et il donne une assez bonne idée de l’ambiance qui régnait ce soir-là.

PREMIÈRES DISSENSIONS

Somewhere In Time, à l’heure des premières “bisbilles” avec Bruce à ce qu’on en dit…

Comme pour The Number Of The Beast, cet album a représenté un grand changement pour le groupe. Nous étions revenus complètement épuisés de la tournée Powerslave, surtout Bruce…Il avait complètement disjoncté ! Son idée était d’enregistrer un album totalement acoustique, dans la lignée de Jethro Tull. J’ai beau adorer ce groupe, je ne nous voyais pas monter sur scène pour défendre un tel album. Si nous avions sorti un double album, cette idée aurait pu être réalisable, il y aurait eu de la place pour des morceaux différents, même si nous ne les reprenions pas en concert. Mais ce n’était pas le moment de se lancer dans une telle aventure. J’en veux pour preuve que lorsque Bruce a quitté le groupe, il n’a pas utilisé une seule des idées qu’il voulait à tout prix nous imposer sur Somewhere In Time. Il avait pourtant toute liberté de s’exprimer. Je ne crois pas que ses compositions étaient assez fortes pour permettre au groupe de prendre un tel risque. En revanche, c’est Adrian qui s’est le plus investi dans cet album. Je l’ai particulièrement encouragé à composer seul, alors qu’il avait généralement l’habitude de travailler avec Bruce. Il a finalement apporté des titres fantastiques comme Wasted Years ou Stranger In A Strange Land… Je garde une affection particulière pour Somewhere… car nous avons tenté toutes sortes d’expériences. Les fans ont été divisés à sa sortie, certains l’adoraient et d’autres le trouvaient trop différent…

On en arrive à Seventh Son Of A Seventh Son

Cet album a remplacé Piece Of Mind et est devenu mon album préféré. Il représente exactement la musique que j’adore, c’est-à-dire du hard-rock avec des influences progressives et une production imposante et soignée… Toutes les chansons me paraissent excellentes. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais, en ce qui concerne le groupe, tout a parfaitement fonctionné. Si je connaissais la réponse, j’aurais noté la recette et je l’aurais appliquée à tous les albums que nous avons enregistrés depuis. Contrairement à ce qu’on pourrait croire en m’écoutant, nous restons très critiques vis-à-vis de notre musique. Mais de notre point de vue, Iron Maiden a atteint un sommet sur cet album, que ce soit sur l’écriture ou sur l’interprétation. Pour moi, c’est notre meilleure production.

No Prayer For The Dying

S H : Cet album est une réaction à Seventh Son…, prenant le contre-pied total au niveau de la production, cette fois très basique. Psychologiquement, nous n’avions pas consciemment décidé de revenir à une musique plus élémentaire. Après une tournée complètement délirante, nous avons éprouvé le besoin de nous retrouver, de revenir à une dimension plus raisonnable. En cela, No Prayer… représentait ce qu’il y avait de plus proche du groupe enregistré live, tel qu’il sonnait sans le moindre artifice. Le seul regret que j’ai est qu’il manquait l’ambiance du public. Nous aurions même dû ajouter des bruits de foule pour mieux renforcer ce sentiment. Mais au départ, nous avons pensé que ce serait comme de tricher. Et puis, lorsque nous avons tourné la vidéo de Tail Gunner et Bring Your Daughter… To The Slaugther, beaucoup de gens m’ont affirmé qu’ils trouvaient la version live nettement meilleure que celle de l’album. Alors que c’était simplement la version studio à laquelle nous avions rajouté le son du public que l’on voyait sur la vidéo et je le sais, c’est moi qui ai réalisé le montage. Voir le public sans l’entendre aurait été complètement stupide. J’ai alors rajouté de l’ambiance et c’est là que j’ai réalisé que nous aurions très bien pu le faire sur tout l’album, après tout, c’était une idée comme une autre. Rien ne l’interdisait. Avec ce simple effet, je suis persuadé que l’accueil aurait été bien meilleur pour No Prayer… Les gens attendaient à nouveau un album clinquant et il était complètement épuré. Nous l’avions enregistré avec le Rolling Stone Mobile Studio, comme la bande son de la vidéo live Iron Maiden England. Mais je ne me plains pas, après tout, nous avons quand même eu pas moins de trois Top 10 avec Bring Your Daughter, Tail Gunner et Holy Smoke. Nous avons été énormément critiqués à l’époque, surtout en Angleterre. Mais je dois dire que si c’est vraiment notre pire album, cela ne fait que complimenter les autres.

POUR DICKINSON LE GLAS !

Fear Of The Dark, le dernier “vrai” album avec Bruce…

La production de cet album était nettement supérieure à celle de No Prayer…, et je crois que c’est ce que les gens attendaient, même si ce n’est pas tout à fait ce que je voulais. En ce qui concerne les compositions, surtout celles de Bruce, nous partions dans tous les sens. Je ne sais pas s’il avait déjà en tête de partir, mais je suis persuadé qu’il pensait plus à sa carrière solo qu’au groupe. Cela ne me pose pas de problème que l’on essaie de me proposer des idées différentes, bien au contraire, mais elles doivent rester de bonnes idées. Je ne crois pas que Chains Of Misery soit une bonne chanson, soyons réalistes. Je n’étais pas d’accord avec Bruce à l’époque et je lui ai fait savoir, mais nous l’avons tout de même retenue sur l’album. J’ajoute que je serais tout à fait prêt à dire la même chose s’il s’agissait d’une de mes compositions. Je prendrais l’exemple de The Apparition