Date : Novembre 1990
S
ource : Metal Hammer
Interview de Nicko Mc Brain et Dave Murray par Chris Welch

Depuis la sortie de No Prayer For The Dying, il semble bien qu'IRON MAIDEN soit reparti vaillamment à la conquête de sa suprématie. Le single "HOLY SMOKE" fait un carton dans les charts britanniques, en même temps qu'il soulève une vive controverse. La tournée anglaise entamée le 20 septembre dernier a été un triomphe, et c'est juste avant que le groupe ne s'embarque pour sa première grande tournée européenne depuis deux ans que nous avons rencontré Dave et Nicko. S'ils sont moins souvent sollicités par la presse que Steve ou Bruce, ils n'en sont pourtant pas moins des interlocuteurs tout à fait dignes d'intérêt. La preuve, lisez plutôt...

Nicko s'est marié au mois de mai dernier avec sa fiancée Rebecca, un mannequin avec qui il s'est installé en Floride.

Nicko McBrain : J'ai passé quelques semaines à tout installer dans la maison... Je ne me débrouille pas trop mal avec des pinceaux et du papier peint...

Tu n'as quand même pas passé toute l'année à faire des travaux chez toi...

N.MB: Non, bien sûr ! J'ai donné plusieurs séries de clinics sur les batteries Sonor et les cymblaes Paiste. J'ai joué au Salon de la Musique de Francfort, et j'ai tourné une vidéo éducative au mois de juin dernier avec Dave. J'avais déja enregistré mes parties de batterie pour l'album et ma présence n'était plus nécessaire. Pour cette vidéo, j'ai écrit avec Dave deux instrumentaux, avec des guitares, de la basse, et aussi une section de cuivres. J'aimerais assez les sortir sous forme de single vers la fin de l'année. La face A s'intitule "Rythm Of The Beast" et rassemble tout ce que je peux faire en tant que batteur, ce qui est différent de ce que je peux jouer au cours de clinics, ou même au sein du groupe...

Comment s'est passé l'enregistrement de No Prayer For The Dying, de ton point de vue ?

N.MB: Quand on a recommencé à répéter ensemble chez Steve, il était initialement prévu qu'on aille enregistrer au mois d'avril au Battery Studio à Londres. Finalement, l'écriture des morçeaux et les répétitions ont été effectués tellement en avance que tout le monde, Adrian y compris, décida qu'il serait mieux d'amener un studio mobile chez Steve plutôt que d'attendre notre tour pour rentrer en studio. Le son chez Steve était vraiment excellent.

Dave Murray: Beaucoup de morçeaux ont été enregistrés en une seule prise par instrument. Dans bien des cas, on avait juste placé des micros d'ambiance dans la pièce pour capter l'aspect live de notre son. Je me demande ce que les charpentiers qui ont construit la maison de Steve il y a près de trois cent ans auraient pensé, s'ils avaient su qu'un groupe de rock y enregistrerait un album. Cet endroit a un passé, tout comme le studio mobile qu'on a utilisé, qui a notamment servi à l'enregistrement de Physical Graffiti de Led Zeppelin. En fait, on a déja utilisé ce studio mobile plusieurs fois par le passé, lors de la retransmission du concert de Donington à la BBC, ou pour la vidéo "Maiden England".

L'album a tout de même été enregistré très vite...

N.MB: C'est vrai que l'enregistrement lui-même a été relativement court. Mais on a répété les chansons de ce disque plus longuement que d'habitude, c'est ce qui nous a permis de gagner du temps et de conserver cette énergie live qu'on avait sur nos anciens albums comme Piece Of Mind, qui est le premier auquel j'ai participé.

Le fait de n'avoir pas joué ensemble pendant un an explique-t-il entièrement ce regain d'énergie ?

N.MB: Il est certain qu'on a éprouvé un vif plaisir à rejouer ensemble, sans compter que l'arrivée de Jannick Gers a joué le rôle d'un catalyseur, alors que notre moral aurait pu chuter après le départ d'Adrian. Sincèrement, je crois que cet album est le meilleur qu'on ait fait, et c'est en tout cas celui qu'on a eu le plus de plaisir à faire. Chez Steve, on se sentait tous un peu comme chez nous...

D.M: Personnellement, j'ai toujours été très satisfait de nos albums, même ceux où on s'est un peu aventurés dans l'expérimentation. Mais cet album-là sonne comme de la dynamite. C'est une sorte de retour aux sources pour nous...

Comment avez-vous eu envie d'opérer un tel retour aux sources ?

D.M: Ce qui s'est passé, c'est que nous nous sommes retrouvés dans les mêmes dispositions d'esprit qu'à nos débuts, avec cette même soif de succès, cette même rage de vaincre qu'on avait il y a dix ans, associée cette fois à l'expérience que donnent dix années de carrière au plus haut niveau...

Cela vous amuse-t-il de voir "Holy Smoke", le premier single du groupe, grimper dans les charts anglaise alors que les radios refusent de le programmer ?

D.M: Les radios anglaises n'ont plus l'habitude d'entendre des groupes qui utilisent des instruments de musique. Elles sont désorientées (rires)...

N.MB: Nous sommes certainement le seul groupe capable d'avoir un single dans les charts britanniques sans passer à la radio ! C'est parce qu'on a forgé notre réputation sur scène, et que notre public nous est fidèle. Nous n'avons jamais fait le moindre compromis et il n'y a aucune raison que cela change. Si les programmateurs des radios refusent de passer un de nos singles parce qu'il y a deux fois le mot "shit" dedans, tant pis pour eux ! Je ne pense pas, dans le contexte du morçeau et vu ce que Bruce peut en dire, que ce soit déplacé ou même grossier.

Comment avez-vous réagi à l'arrivée de Jannick Gers ?

D.M: Dès le milieu du premier morçeau, je savais qu'il conviendrait. L'ensemble du groupe l'a également ressenti. On a fait ensuite "Iron Maiden", "The Prisoner" et "Children Of The Damned", c'était d'enfer, surtout que Jannick n'avait eu que 24 heures pour les apprendre. Après, on est tous restés un moment silencieux, sans bouger, en se regardant. On n'entendait plus que le ronronnement des amplis. C'est un moment qui compte dans nos coeurs...

Dave, comment s'est passé ta collaboration avec Jannick Gers ? Comment vous-êtes vous partagés les solos ?

D.M: On a commencé par enregistrer séparément au début. Puis on a décidé de travailler les solos ensemble pour que chacun ne joue pas dans les mêmes tonalités, avant de travailler ensemble les parties en harmonie. C'était la première fois que Jannick jouait avec un autre guitariste. Il n'avait auparavant collaboré qu'avec des joueurs de claviers.

Quelles différences y a-t-il entre le jeu de Dave et celui de Jannick ?

N.MB: Jannick a un style nettement plus agressif, tandis que Dave est d'une remarquable précision. Son jeu est plus aérien. Je suis capable de déterminer un solo de Dave ou Jannick à cause de la différence de leurs attaques.

D.M: Depuis le remplacement de Clive Burr par Nicko, il y a déja quelques années, c'est le premier changement important subi par Iron Maiden...

Quand avez-vous senti que cela n'allait plus avec Adrian ?

N.MB: Lorsqu'il a été question de régler le problème d'Adrian, les choses n'ont pas été simples. On a tous passé quelques nuits blanches à essayer d'en discuter et de régler cela entre nous. On avait déja travaillé six ou sept nouvelles chansons avec lui, et on n'avait pas envie d'auditionner d'autres guitaristes alors que nous devions enregistrer notre album. Mais Adrian n'aimait pas la direction musicale que nous prenions. Bruce avait fait son album solo avec Jannick et ne tarissait pas d'éloges à son sujet. Lorsque les choses se sont dégradées avec Adrian, on s'est presque logiquement adressé à Jannick...

Avez-vous revu Adrian depuis son départ ?

D.M: Je l'ai revu une ou deux fois, et il a l'air plus heureux que jamais. Aujourd'hui, il est libre de faire ce qu'il veut. Tu sais, il s'est toujours impliqué à 100% dans ce qu'a fait Iron Maiden tant que cela lui convenait... Adrian reste notre ami à tous.

N.MB: Ce groupe est comme une famille, et Adrian nous manquera. C'est toujours difficile de devoir se séparer de quelqu'un avec qui on a collaboré pendant tant d'années, mais il fallait prendre une telle décision. Adrian est un excellent guitariste, un grand compositeur et un très bon chanteur. Pour l'instant, il se sent un peu paumé, mais une fois qu'il aura les musiciens qu'il faut avec lui...

Tiens, j'ai entendu dire que Clive Burr jouerait avec lui, mais ce n'est qu'une rumeur... Si je comprends bien, Adrian n'est pas vraiment parti de son plein gré...

N.MB: En fait, il a bien fallu qu'on prenne une décision à sa place. Quand on lui a demandé si le succès de son groupe ASAP et de l'album Silver And Gold l'amènerait à quitter Iron Maiden, il n'a pas voulu répondre clairement, ce qui pour nous équivalait à une réponse positive. On n'a pas vraiment viré Adrian du groupe, nous l'avons seulement mis face à ses responsabilités, et c'est lui qui a eu le choix. Tu sais, quand quelque chose ne va pas dans un groupe, il faut tout de suite apporter une solution, aussi pénible qu'elle puisse être.

Avez-vous déja pensé à réaliser vos propres albums solos ?

N.MB: Pour ma part, oui, absolument. Seulement, il m'était impossible d'en sortir un cette année parce qu'Adrian et Bruce sortait chacun le leur. Peut-être plus tard...

D.M: Moi aussi, j'ai bien entendu l'envie d'enregistrer un album solo, mais ce ne sera pas avant quelques années et ça ne devra pas interférer avec les activités d'Iron Maiden. En tout cas, j'aimerais bien que Nicko vienne jouer dessus...

N.MB: J'aimerais réaliser un album de classiques de blues avec des cuivres, de l'orgue Hammond, une basse et deux guitares...

D.M: Mais pour l'instant, le futur immédiat pour nous, c'est cette tournée européenne avec Iron Maiden... Ensuite, on ira aux USA, à Hong-Kong, au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Comme tu vois, cela va nous
donne du travail pour quelques mois...