Date : Octobre 1986

Source : Hard Rock Magazine n°26
Interview par Nelly Saupiquet

LA SIXIEME DIMENSION

Le sixième album studio d'Iron Maiden est le troisième de la dernière formation stable (c'est un exploit), efficace et soudé, Iron Maiden poursuit sa course dans le temps avec "Somewhere In Time", un album brillant nous rappelant plus que jamais le manque de classe des nouveaux bataillons, leur précarité, et parfois même, leur médiocrité. Comme ses confrères, HARD-ROCK MAGAZINE s'est rendu en Allemagne, où le groupe mettait un terme aux préparatifs de la nouvelle tournée, qui passera par la France en novembre. A Francfort, nous avons rencontré Steve Harris, le principal compositeur du groupe, ainsi que Dave Murray le guitar-killer. Ils nous exposent les résultats de leurs recherches dans la... sixième dimension.

Francfort, une sale matinée d'août. Ciel ! Que cette ville est sombre, grise et lessivée ! On se croirait en plein mois de novembre, à la Toussaint, et la pluie ne va pas tarder à tomber. Le firmament ne mérite pas son nom. II ne sied pas à cette infâme brouillasse qui nous étouffe et nous endort depuis le départ de Roissy, à l'heure où les facteurs partent en tournée. Si Iron Maiden a choisi ce lieu, c'est que le groupe a obtenu de sacrées conditions. Ou alors Francfort est la ville toute désignée pour vous saper le moral, et vous pousser ainsi à la recherche de la perfection. Je penche plutôt pour cette dernière solution, Steve Harris étant renommé pour son sérieux, "when it's business time".
Pour moi aussi, l'heure du business a sonné. Depuis ma dernière interview avec Bruce Dickinson, le singer, beaucoup de choses ont eu le temps d'évoluer, ne serait-ce que "Somewhere In Time", le sixième album du groupe, en tête de tous les référendums hard-rockeux de la planète.
Les deux mots de Dominique Piccoli, l'adorable attachée de presse de chez Pathé, me sortent de mes rêveries. 1 pm sonnant, c'est l'heure! Devant moi, le long couloir donne sur la porte d'une "canadian suite" (allez savoir pourquoi on l'a appelée "canadian"). Steve Harris et Dave Murray m'accueillent chaleureusement, avec tout de même cette pointe de réserve qui fait tout le charme des British.

Juste le temps de s'installer sur le confortable canapé et, déjà, les deux musiciens lâchent la même question : "As-tu écouté le nouvel album ?" E n toute franchise, je réponds que l'échantillon de vinyle n'a pas cessé de tourner sur ma platine depuis son arrivée à la rédaction. Ce que je ne leur dis pas en revanche, c'est que ce nouvel album semble attirer tout auditeur d'une manière bien étrange. Serait-ce encore une histoire de messages subliminaux ? Ou Maiden aurait-il trouvé un procédé pour forcer le premier blaireau à se jeter dessus? Le temps, et surtout le futur, semble être la nouvelle marotte des Maiden ; il se pourrait qu'ils aient fait une découverte intéressante... Nous verrons cela plus tard... Revenons en à nos robots, pardon, à nos moutons. Des sourires de satisfaction, et non pas de soulagement, s'affichent sur leurs visages. Qu'ont-ils derrière la tête ? Qu'importe ! Maintenant, c'est à mon tour de poser les questions !

DE L'IDEE AU SILLON

L'album fini correspond-il à vos objectifs de départ ?

STEVE HARRIS: Non, car à Nassau nous n'avions qu'une vision d'ensemble de la composition de l'album et de la manière dont il allait sonner. Nous avons fait les parties de basse et de batterie là-bas, puis nous sommes allés en Hollande finir le reste. Lorsque nous avons terminé, ce n'était pas exactement le résultat escompté. Les morceaux étaient plus longs et moins nombreux que nous ne pensions. "Somewhere In Time" est un album très long, il dure près de cinquante minutes. Au moins, les kids en ont pour leur argent. Au départ, nous avions beaucoup d'idées et de thèmes musicaux différents, mais au fur et à mesure que nous avancions, nous ne terminions pas certains morceaux, ou bien nous en utilisions quelques parties pour renforcer une unique composition. Lorsque nous avons eu le compte, nous n'avons pas pousse plus loin les recherches.

Même pas pour utiliser des morceaux sur des faces B de singles ?

Non. Ces morceaux de face B, nous ne les travaillons plus de la même manière qu'auparavant. II ne faut pas composer de morceau spécialement pour une face B, car automatiquement il sera moins bon que celui de la face A et cela ne colle pas du tout avec nos idées. On préfère maintenant choisir une reprise...

J'ai noté quatre morceaux pour lesquels Adrian est crédité, alors qu'habituellement tu es le principal compositeur. D'où vient cette soudaine abondance de la part de " H" ?

Adrian est resté célibataire, il a donc le temps de faire pas mal de choses de son côté lorsqu'Iron Maiden sommeille. De plus, il devient fou à l'idée de rester une semaine sans jouer. II a donc monté un groupe, "The All Population Of Hackney", avec des copains, pour s'éclater. II y joue ses compositions personnelles, qui ne sont pas très différentes de celles d'Iron Maiden. Un jour, il nous a invité à venir le voir au Marquee, et on a été si surpris de la qualité de ses morceaux, qu'ils ont fini sur le nouvel album.

Dans quel état d'esprit avez-vous abordé le studio ?

DAVE : Oh, on avait un excellent moral. Tu penses, les batteries avaient eu le temps de se recharger, en six mois.

Aimez-vous le travail en studio, ou bien est-ce, pour vous, le moment le plus désagréable?

Nous préférons la scène, bien sûr. Mais nous avons eu le temps de bien préparer cet album. Nous étions donc très impatients d'entrer en studio et de travailler nos nouvelles compositions... En revanche lorsque, à la fin d'une tournée, tu dois entrer directement en studio, tu n'as pas tellement envie de t'y mettre.

AVEC LE TEMPS

Avez-vous obtenu le résultat escompté ?

Oui, et nous en sommes très fiers, autant que de tous nos autres albums. Bien sûr, avec le recul, il y a bien quelques morceaux dont nous ne sommes plus trop contents, mais ce n'est pas dramatique. Les morceaux "Gangland" et "Invaders" ("The Number Of The Beast") et "Quest For Fire" et "Silk And Steel" ("Pièce Of Mind") ne sont pas aussi forts que les autres. Sur "Powerslave", "Flash Of The Blade" aurait pu sonner un peu mieux. Mais en revanche, sur "Somewhere In Time", il n'y a absolument rien à redire, je n'ai pas un seul regret.

Vous n'avez pas un morceau favori ?

Non, pas vraiment, nous les aimons tous autant que les autres.

Oui, mais il y en a un que vous pourriez tout spécialement apprécier...

En ce moment, je dirais "Heaven Can Wait", mais je suis sûr que cela va changer. Nous n'en sommes qu'au stade des répétitions. Quand nous allons nous retrouver devant le public, notre appréciation s'alignera sur celle du public, et c'est ça qui est fantastique. Un morceau que tu as choisi de placer en début de set, parce que tu penses qu'il accroche bien, peut ne pas marcher du tout à cette place déterminée. C'est le public qui décide.

Pourtant, lorsqu'on assiste à un show d'Iron Maiden, on a une impression d'efficacité et de précision telle qu'on en vient à penser que tout a été minutieusement étudié, minuté, sans que cela paraisse prémédité pour autant. Les pays de l'Est vous servent un peu de terrain expérimental ?

Dans un sens, c'est vrai, car nous commençons toujours par ces pays, et c'est des premiers concerts que nous tirons les conclusions qui nous serviront à modifier le show. Mais ce n'est pas voulu. Si nous commencions la tournée par les States, ça se passerait de la même manière.

Allez-vous visiter de nouvelles contrées ?

Non, pas vraiment. Nous allons seulement jouer à Gdansk ; nous n'avions pas pu y aller l'an dernier, il y avait trop de remous, là-bas... Nous connaissons le même problème cette année en Tchékoslovaquie, le pays est sous tension, et nous ne pouvons donc pas y jouer, malgré nos efforts...

La jeunesse anglaise se sent-elle concernée par les problèmes irlandais ?

Oui, bien sûr, car la presse ne cesse d'en parler. On est bien obligé d'y penser, mais on évite plutôt le sujet...

Bien qu'Adrian ait beaucoup composé sur cet album, tu restes le principal compositeur d'Iron Maiden. Comment procèdes-tu ?

Je travaille seul en général. C'est une habitude. Au début, j'étais bien obligé de le faire tout seul. Cela devenait une véritable routine. Mais j'ai tout de même composé des morceaux avec Dave et Adrian. Pour cet album, Adrian a travaillé de son côté. C'est pourquoi Bruce n'a rien fait. Il travaillait généralement avec Adrian, et là, il s'est retrouvé à composer en solitaire. Adrian a même écrit l'ensemble des lyrics à lui tout seul. Ce que Bruce avait composé ne collait pas vraiment avec ce que nous avions fait. Nous avons donc gardé son travail pour le prochain album. Dave, lui,écrit à peu près un demi-morceau tous les quatre matins (rires).

Oui, j'ai remarqué qu'il n'y avait qu'une co-signature Dave Murray/Steve Harris...

Notre dernière collaboration remonte à trois ans, pour le morceau "Still L.ife". Trois ans auparavant, c'était pour "Twilight Zone », et trois ans encore auparavant, c'était pour "Charlot The Harlot".

DAVE : Yeah !

STEVE : Maintenant, il va encore falloir attendre trois ans (rires)...

Avez-vous été influencés par ce que vous auriez pu avoir écouté ?

Honnêtement non. Je ne suis pas complètement dingue de musique, et, après la tournée, je n'ai pas écouté grand-chose ; je me suis plutôt occupé de ma femme.

Et en ce qui concerne les lyrics?

Tout l'album tourne autour de la notion de temps. L'idée de base est la suivante : un type s'assoit à côté de toi, il t'annonce qu'il a inventé une machine à remonter le temps et te demande de partir avec lui. Irais-tu ? Aurais-tu le courage de le suivre, comme ça, sans prévenir personne, sans aucun bagage. Irais-tu, toi ?

DAVE : Oh, moi oui!

C'est également le concept de la pochette: Eddie transposé dans un monde futur, en androïde... Ce hall d'hôtel, ces vaisseaux... Cela ressemble aussi un peu à votre environnement en tournée...

DAVE : Oui, et sur cette pochette, Eddie joue le rôle de la duègne. On vient de finir la tournée et il nous dit «Allez, encore un p'tit concert..." (rires).

Vous n'arrivez pas à vous en débarrasser d'Eddie.

DAVE : Ah, non, c'est un vrai pot de colle ! II est tout de même super. Quoi qu'on fasse, il aime, où qu'on aille, il nous suit. II est très attachant, et il ne fait jamais d'objection, lui...

STEVE : Je voudrais revenir à cette notion de temps. Maintenant que j'y pense, il n'y a qu'un seul morceau, "Sea Of Madness", qui n'ait absolument rien à voir avec le temps. Tout les autres ont, de près ou de loin, un rapport avec le temps. Et c'est une pure coïncidence !

Chaque nouvel album est plus mélodique encore que !e précédent...

Nous progressons sans cesse, et cet album comporte beaucoup de chorus. Mais c'est difficile à expliquer. II est très différent de nos premiers albums. A ce moment-là, nous avions des morceaux que nous jouions depuis longtemps. Dans une certaine mesure, les premiers albums des groupes sont de véritables "best of". Ils regroupent les meilleures idées, celles qui ont été rodées pendant des mois avant le premier deal. Dans un premier album, tu mets vraiment le meilleur de toi même. Ce qui ne m'empêche pas nos autres albums d'être excellents.

Vous allez certainement sortir un nouveau single ?

Oui, c'est un morceau d'Adrian. L'idée est basée sur la réflexion "n'aurais-je pas pu faire mieux ?"

Adrian a certainement dû passer la nuit dans un pub pour écrire un morceau pareil ! Sur aussi que Dave est allé le réconforter à la "Lager". (rires).

Vous regrettez parfois les premiers battements de coeur d'Iron Maiden ?

Tu sais, quand tu fais ce que tu penses être bien à un moment donné, tu n'as pas à le regretter par la suite (rires). Non, nous sommes préoccupés par le présent et l'avenir, mais restons fiers de notre passé. De toute manière, même si nous avions des regrets, nous ne pourrions rien changer, alors...

Je voulais dire : regretter de supers moments, comme la signature avec EML..

Ah oui, bien sûr, c'était super! A l'époque nous ne savions pas ce qui allait se passer, si nous méritions d'avoir du succès, si nous en aurions ou pas. Maintenant, nous y sommes arrivés, mais c'est toujours un gros challenge. Chaque nouvel album est un combat...

La vie d'Iron Maiden est donc toujours aussi palpitante...

Oh oui, bien sur et heureusement ! Si elle ne l'était plus, nous, on arrëterait tout !

FEMME, TAIS-TOI !

Mis à part Adrian, tous les membres du groupe sont mariés. Cela vous pose-t-il parfois des problèmes ?

Ah, non alors! Cela ne change rien. Nous faisons ce que nous avons à faire, et les femmes n'ont rien à voir là dedans!

Vous distinguer bien business et vie privée...

C'est obligatoire. Mais je dois admettre tout de même qu'être sur la route m'est parfois difficile. Ça va être pire, maintenant que j'en ai un deuxième en route...

Congratulations! (Rappelons que Steve est déjà le père d'une petite Lauren, qu'il a eu avec sa femme, Lorraine).

Merci beaucoup. Les lecteurs d'HARD-ROCK seront les premiers prévenus. Sérieusement, ma femme ne me pose jamais de questions, de toute manière.

DAVE : La mienne, si elle venait à me questionner, je lui dirais d'aller voir ailleurs si j'y suis...

Vous ne subissez aucune pression de la part d'EMI ?

Non, nous avons beaucoup de chance, nous sommes très libres. Si un single marche bien, ce sera tout à fait fortuit car nous ne travaillons pas sur des singles, mais sur des albums, contrairement à des tas d'autres groupes. Nous ne sommes pas un pop band. C'est terrible, certains de ces groupes n'ont que deux morceaux de valables sur tout un album ! Le pire, c'est qu'ils vendent bien, parce que les deux morceaux en question sont des hit singles. Chez nous, ce n'est pas possible: deux mauvais morceaux, et aussitôt, les fans se plaignent.... Sans parler de la maison de disques ! Enfin, sur cet album, on a quand même huit morceaux, alors quand je dis qu'il n'y a pas pressions...

Bruce m'avait pourtant dit que tu craignais que certains morceaux sonnent «commerciaux»...

Ah, ce lascar! Voilà la vérité: au moment où je me suis mis à écrire, j'ai trouvé un chorus, celui qui figure sur "Heaven Can Wait". C'est vrai, je trouvais qu'il pouvait sonner "commercial". Bruce l'a écouté, et je lui ai fait part de mes craintes... Mais je savais que, lorsque les autres se mettraient à travailler dessus, il serait arrangé d'une tout autre manière. Bruce en a fait une anecdote ! Et puis, je ne suis pas systématiquement contré le commercial. Moi, je n'en fais pas, c'est tout.

Vous imaginez-vous jouer une autre musique que celle d'Iron Maiden ?

Nous en sommes capables, bien sûr, mais nous préférons celle que nous composons. Tant qu'il en sera ainsi, je ne vois pas pourquoi nous changerions.

Votre bonne entente, au niveau professionnel, est déjà extraordinaire mais je crois que, sur le plan personnel, elle l'est plus encore. Iron Maiden est un groupe soudé à tous les points de vue...

C'est beaucoup mieux ainsi. Les groupes qui se déchirent et veulent rester cohérents sur scène doivent être très paranos. Chacun tâche de ne pas empiéter sur le territoire de l'autre. Lorsque quelque chose ne va pas, nous en discutons tous ensemble. Et il n'y a pas de problème de drogue, ce qui est, à mon avis, essentiel pour conserver à un groupe son intégrité.

Jusqu'à quel point Martin Birch s'immisce-t-il dans l'aventure Iron Maiden ?

Oh, beaucoup de producteurs ne sont en fait que des ingénieurs du son. Ils s'assoient à la console et ne font rien de plus. Moi, je ne pourrais pas le supporter. Je leur dirais : "Ça va, oui, tu ne veux pas en faire encore un peu moins ?». Martin Birch, lui, est un ingénieur du son, mais pas n'importe lequel. II a en lui le son d'Iron Maiden ! II est fantastique, il n'y en a pas beaucoup comme lui. Ce serait terrible si nous devions nous passer de lui, s'il n'arrivait pas à se libérer. Je sais parfaitement qu'il sera toujours libre pour nous, mais cette idée me fait frissonner.

Comment cela se passe-t-il alors lorsque vous préparez un nouvel album ?

Nous écrivons, répétons, et essayons d'arranger les morceaux avant d'entrer en studio. Martin arrive alors, écoute les morceaux, se fait une opinion, puis propose ses idées. Nous entrons ensuite en studio et travaillons en étroite collaboration avec lui. Mais il ne cherche pas, comme certains producteurs, à chambouler tous les morceaux. Changer de producteur ne serait pas vraiment un nouveau challenge. Le son ne serait pas le même, certes, mais notre musique resterait la même.

Vous n'êtes pas venus jouer en France depuis deux ans. En novembre, vous ferez plusieurs dates, dont une Bercy. Pourquoi Bercy, alors que vous essayez d'éviter les grandes salles d'Europe ? A Londres, vous jouez toujours à l'Hammersmith...

Eh bien... Paris nous pose un gros problème. Lors des deux dernières tournées, nous avons joué sous la tente (traduisez l'Espace Balard). La première fois, tout s'est bien passé, c'était super. Lors de la deuxième, on a connu tous ces problèmes d'électricité, et tout est tombé en panne. Cette fois-ci, il fallait trouver un endroit correct pour que le show se déroule normalement.

II y a tout de même le Zénith !

DAVE : Qu'est-ce que c'est, une nouvelle salle ?

Pas du tout, c'est une salle de 8 000 personnes qui s'est ouverte il y a trois ans...

STEVE : Oui, mais le dernier concert regroupait 9 000 personnes...

Non, 10 000...

Je n'étais pas sûr, alors j'ai donné un chiffre inférieur.

Pourquoi ne pas faire deux dates au Zénith ?

On n'était pas au courant. Combien de places y a-t-il à Bercy ?

15 000, je crois, les Scorpions et Deep Purple y ont joué...

Le problème n'est pas de savoir si nous remplirons Bercy ou pas. L'important, c'est que les conditions de la salle soient bonnes, et qu'on ait pas le même problème que sous la tente. En France, il existe des salles de 2000, 3000, 5 000 et 10 000 places, alors que les théâtres anglais n'en comportent que 3000. Après, c'est tout de suite Wembley Arena ! II n'y a pas de transition. Je garde tout de même un super souvenir du dernier concert à Paris. Dans le noir, les gens continuaient à chanter tout seuls... Tu sais, des magazines anglais m'ont demandé quel avait été le meilleur show de la tournée. Je leur ai répondu : "Cela ne va pas vous plaire, mais c'était celui de Paris".

Merci.

C'est vrai ! Les deux dernières tournées françaises étaient super. Sincèrement, je me suis fait chier en Angleterre. Je voudrais pouvoir dire aux Anglais que les concerts à l'Hammersmith étaient les meilleurs, mais ce n'est pas vrai. Ah ! Paris! Tous ces briquets, ces gens qui chantent... Je pense que nos fans français apprécient beaucoup que Bruce s'adresse à eux dans leur langue.

Beaucoup le disent, en effet. Parlons un peu du concept visuel de cette prochaine tournée.

II n'a rien à voir avec celui de "Powerslave". Ce serait plutôt dans le style "Terminator" et "Blade Runner". Mais je ne veux pas en dire plus. Ce sera donc la surprise ?

DAVE : Oui, mais pour nous aussi !

Je n'en crois pas un mot...

STEVE : On a encore rien vu, je t'assure, si ce n'est les dessins de Derek. Nous connaissons le concept dans son ensemble mais rien des détails, qu'une grosse compagnie a été chargée d'exécuter..

Puisque vous jouez à Bercy, vous aller pouvoir nous présenter le même show que celui des Américains, non ?

Tu nous coinces, là... Oui, on devrait y arriver. Mais c'est tout de même difficile. Aux States, toutes les salles sont immenses, alors qu'ici, en Europe, il n'y en a peut être que 50 % qui puissent accueillir une telle structure. On ne peut pas faire rouler des camions pour rien. Enfin ! Cette année, le décor et les lumières sont tels qu'on pourra les réduire facilement. Ça devrait pouvoir aller.

Avez-vous tourné une vidéo ?

Oui, la semaine dernière, dans la salle où nous répétons actuellement. On nous verra jouer sur scène, c'est tout !

La folie de la vidéo ne vous atteint pas ?

A quoi ça sert de dépenser autant d'argent? Si c'est pour que MTV ne la diffuse pas, non merci ! Notre vidéo est destinée au marché européen, nous savons que de nombreuses chaînes cablées n'hésiteront pas à la passer.

ANARCHY AND DISASTER IN THE U.K.

Seriez-vous prêts à renouveler votre exploit de "Top Of The Pops", c'est-à-dire à jouer live, et peut-être même en direct lors d'une émission TV ?

Ce n'était pas une expérience très concluante. Le son était atroce, et les techniciens pis encore. Nous ne recommencerons pas !

Même si on vous garantissait un bon matériel et l'emploi de vos propres techniciens ?

II faut voir... Pourquoi pas, si nous avons le temps... Mais nous serons en tournée de septembre à mai.

Nous allons avoir une super émission TV de hard, ça va être la révolution...

DAVE : II en faudrait bien une aussi en Angleterre...

Vous en aviez bien, non ? II vous reste de super programmes radio , de toute façon, le "Friday Rock Show", par exemple!

STEVE : Oui, il y avait une émission qui passait de nouveaux groupes. Paul Di Anno y avait participé, d'ailleurs; Thor, aussi. C'était sur Channel 4. Mais dans l'ensemble, la situation est semblable à celle de la France, et même pire Les programmes des "channels » ne sont pas structurés.

Ici, c'est pareil. Mais vous avez tout de même plein de magasins de disques bien achalandés... Et les clubs !

Il y en a tellement qui ont disparu !

Vous retournez de temps en temps au "Ruskin Arms" ?

Non, mais des groupes y jouent toujours. C'est déjà pas mal. A nos débuts, il y avait rien que dans l'East End au moins six pubs où l'on pouvait jouer. On les avait tous faits. Maintenant, il n'en reste plus qu'un, le "Ruskin Arms".

II est célèbre...

Oui, mais c'est dommage pour les autres. On jouait au "Carn Horses", "The Arrow", "The Bridge Ace", "Queen Elisabeth". Même le "Music Machine" a fermé ses portes. On y avait beaucoup d'amis...

II reste quand même le Marquee...

Qui, mais je crois qu'il n'en a plus pour longtemps.

TROP DE CHOIX

Pour en revenir aux préparatifs de la tournée, i! doit être difficile de sélectionner les morceaux que vous allez jouer ?

Oui, c'est terrible de devoir éliminer des titres. Parfois, lorsque nous rencontrons des fans, il nous font part de leurs préférences. Mais si on devait les écouter, il faudrait jouer l'ensemble des six albums...

C'est pour ça que vous ne faites jamais de reprises...

Oui et non. Nous avons suffisamment de choix, c'est vrai, mais nous ne voulons pas non plus reprendre des morceaux que tout le monde connaît par coeur. Nous préférons choisir des morceaux plus obscurs, comme nous l'avons fait pour "Cross Eyed Mary". Au début, on faisait des reprises parce que notre répertoire était assez limité, mais c'est de l'histoire ancienne ! II est énervant de voir certains groupes se faire de l'argent sur des reprises.

L'heure qui nous était attribuée n'est pas tout à fait achevée, de nombreuses questions me viennent encore à l'esprit, mais il vaut mieux les garder pour notre prochaine rencontre... à Bercy !