Date : Décembre 1983
Source : Enfer Magazine n° 8
Chronique concert de Philippe Touchard

PARIS le 17.11.1983

Pour une soirée réussie ce fut une soirée réussie ! En cette période de fin d'année, où les concerts se succèdent comme le conditionnement de pots de confiture dans les chaînes de la « United fruits inc. », rares ont été jusqu'ici les moments, où la qualité était au rendez-vous, tant et si bien que la perspective d'aller passer quatre heures sous le chapiteau Balard m'enchantait autant, que l'écoute du dernier Kaja Googoo.

En effet, quoi de plus normal quant à l'appréhension d'un tel moment, après l'ennui du Black Sabbath, la performance moyenne de Motorhead et la chienlit de Kiss ? D'autant plus qu'une telle publicité faite autour du « Combat hard de l'automne » m'incitait plus à regarder, le cycle Yves Montand à la télé.

Cependant, le journalisme est une chose sérieuse et le contact avec BRUCE DICKINSON ont pesé dans la balance, aussi je me suis rendu dans cet endroit, que l'on appelle le « nouveau temple du hard-rock ».

Passons rapidement sur l'agressivité du service d'ordre et la provocation dont se repaissent ces petits fascistes en herbe, dont la seule satisfaction est de déchirer les billets et de passer les kids à la fouille ! (Triste entrée en matière, non ?)

20 h, les lumières s'éteignent, M.S.G. au complet rentre sur scène. Le son est parfait, le jeu de lumière parfaitement adapté au jeu de scène de CARY BARDEN, qui mène « son » groupe avec efficacité et sans frime. La poursuite révèle MICHAEL SCHENKER au fond à droite de la scène, sa flying en bandouillère et c'est parti pour un show d'une heure, où curieusement la froideur teutonne s'accorde parfaitement avec la chaleur anglaise. Malin le M.S.G. ! La trame de leur show se situe dans les deux premiers albums du groupe et tous les standards du M.S.G. y passent et bien, croyez-moi ! Ainsi, « Are you ready », « The attack of the mad axeman », « Armed and ready », sont très travaillés, tandis que les morceaux de ce dernier album sont juste là, pour rappeler la parution du dernier né « Built to destroy », l'album « Assault attack » était pour la soirée, oublié. Le groupe termine sa prestation. Le public hurle car il est satisfait. Pour moi, pas de quoi sauter au plafond, simplement la satisfaction de n'être pas venu pour rien.

Enfin, le groupe revient et entame cette inoubliable perle qu'est « Doctor Doctor », où MICHAEL nous colle un solo des plus parfaits assurant la cohésion parfaite du groupe, sans pour cela s'embarquer dans des distorsions dithyrambiques.
Voilà, le show est définitivement clos pour le M.S.G. Un show compact et concis, où la musique a définitivement plus de place, que la parano de certains et c'est très bien comme cela.

Alors, me direz-vous, je ne vous ai pas parlé de MICHAEL SCHENKER ? Eh bien non, parce qu'il n'y a rien à dire, sinon que pour un soir, il a repris à juste titre son rôle de guitariste et musicien et non celui de leader et porte-parole !
Rideau!

Une demi-heure plus tard, les lumières s'éteig nent de nouveau. Voilà on y est, que va faire IRON MAIDEN de plus que le malheur, qu'il avait fait l'année dernière à Baltard ? (cf. Fichiers R.A.T.P.).

Sans perdre de temps, ils attaquent « Where eagles dare » tiré de « Piece of mind » et qui marquera nettement l'orientation du show. Ce qui me fascine d'emblée, c'est le jeu de lumières. Les rampes de lights sont montées en triangles et trois triangles lumineux de ce type occupent la scène. Ce qui est extraordinaire, c'est que tous les jeux de lumières sont mobiles, tant et si bien, que tout l'espace est constamment balayé de couleurs montrant ainsi l'intensité de la musique du groupe, emmené par la main de fer de BRUCE DICKINSON. Viennent « Sanctuary », « Wrathchild » où toute la puissance de MAIDEN se révèle ; le son est clair, la folie est égale à l'assurance des musiciens, qui désormais, tiennent en respect le public.

BRUCE DICKINSON se met à parler français, établissant la plus parfaite communication avec son public et j'y retrouve là, la plus grande marque de respect et de sympathie, qu'un groupe puisse témoigner à l'égard du public. A partir de ce moment, le concert devient plus qu'un concert, c'est une véritable fête, BRUCE parle, le public répond, BRUCE explique le pourquoi et le comment des morceaux.

Toujours l'album « Piece of mind », en tête, ce sont « Révélations », « Flight of Icarus » et « Die with your boots on » avant d'entamer l'album « Number of the beast »,avec « 22 Acacia avenue » où BRUCE sans complexe, explique l'histoire de Charlotte, une prostituée qui invite les petits garçons à... L'intelligence du groupe réside, en la façon dont la tension monte, au cours de leur set. En effet, le plus grand moment du concert arrive après une heure, avec « Hallowed by thy name » où le défoulement est total. La tête d'EDDIE apparaît derrière la batterie, les lumières s'affolentet les yeux rouges d'EDDIE illuminent la salle ; jusqu'au moment où enchaînant sur le titre « Iron Maiden », EDDIE lui-même encamisolé arrive pour faire le fou sur scène, son crâne trépané tombe et laisse apparaître sa cervelle ravagée. Le grand guignol quoi ! En tout cas, pas de quoi critiquer, puisque c'est exactement ce que le public voulait et donc pas de déception.

Le set s'achève donc sur « Iron Maiden » (le titre pas le groupe) et on attend vivement leur retour sur scène. Le public crie et trépigne, et appelle en force IRON MAIDEN (le groupe, pas le titre). Ceux-ci, sous l'appel désespéré des kids parisiens, reviennent et nous balancent à la face « Run to the hills », non sans nous avoir précisé, que ce concert était le plus fantastique de leur tournée (N.D.L.R.: je soupçonne quand même, qu'ils disent cela à chaque concert normal, non? Sympathique en tous les cas !). N'étant pas chiches, ils nous offrent dans la foulée « Drifter » et s'en retournent une nouvelle fois.

Ah, oui, mais il n'est pas question pour nous, pauvres disciples de cette vierge de fer et d'airain de la laisser nous quitter définitivement. Et le public d'allumer ses briquets, de gueuler et frapper une nouvelle fois ce pauvre plancher, qui n'a rien fait de mal, finalement. Alors sous les conseils du menuisier de service, ils reviennent faire un nouveau rappel où à la surprise, ils nous présentent des copains à eux, Nono, Vivi et Bernie, je crois que c'est comme cela qu'ils s'appellent et qu'ils nous font un « Tush » endiablé ou DAVE MURRAY semble bien s'amuser avec son collègue Nono.
Je vous passe, quand même rapidement, sur la prestation pitoyable de notre Bernie national, qui outre se repeigner les trois cheveux qu'il lui reste, n'a pas été fichu de prononcer un mot sur le refrain de « Tush ». Enfin, il y a plus de deux heures, que le concert est commencé. Cette fois, c'est bien fini et les 8 000 personnes, qui étaient là, n'en reviennent pas, ils s'égosillent et en redemandent encore.

Ce soir-là, j'étais d'accord, c'est bien là le concert le plus fantastique de l'année où la musique et la communication s'étaient réconciliées, où la frime était reléguée à l'arrière-plan du star-système.

Oui, les kids qui gueulaient « IRON MAIDEN » et qui tapaient du pied sur ce pauvre plancher (quoique pas vraiment en rythme, ce qui est une faute de goût!) avaient raison.

Et comme un certain, au soir d'un grand concert à Alger en 1958, qui s'adressait à son public, je dirai: fans d'IRON MAIDEN, je vous ai compris.