Date : Décembre 1983
Source : Best Magazine n° 185 (merci à Vince)
Interview de Martin Birch par Hervé Picard

PIECE OF MIND

Après avoir été l'artisan privilégié d'une première génération du hard britannique, Martin Birch s'est à présent associé à la seconde fournée en prenant en charge les destinées discographiques d'Iron Maiden, et de façon assez durable, semble-t-il. On parla beaucoup de "Purple Bis" dans le cas de Maiden parce qu'il avait des textes baroques, Un certain sens du speed ouvragé et que hasard ou pas il avait fait son "Made In Japan / Maiden Japan" et s'était offert le propre producteur de Purple. Pour Birch, il ne fait aucun doute que les deux groupes n'ont pas grand chose en commun si ce n'est la qualité de leurs rifs, et que les deux générations du heavy anglais sont notablement différentes.

Au départ j'ai pu les juger objectivement et je pense qu'ils sont très différents des hard rockeurs des early seventies. Aujourd'hui, je ne suis plus aussi sur de pouvoir les juger car nous sommes devenus de trop proches amis pour que je puisse me le permettre. Dès la première fois où je les ai vus à l'œuvre, j'ai été surpris et séduit par leur énergie et le dynamisme de leur attitude. J'ai rarement vu un groupe dégager autant d'énergie. En cela, il me rappel effectivement le Purple des premiers temps. Mais leur attitude face au rock est très différent, leur façon de le concevoir aussi. L'on a dit que c'était un remake de Deep Purple, je ne le pense pas. Effectivement Steve Harris était un fan de Purple mais il est surtout influencé par des groupes comme Jethro Tull, UFO et même Genesis. Cela n'a rien à voir avec Deep Purple. Effectivement, dans les deux cas, il s'agit d'un hard rock très musical, pas seulement du bruit rythmé le plus vite possible comme chez certains groupes de heavy Metal Rock, Mais je ne crois pas que l'on puisse aller plus loin dans la comparaison.

Moi-même, j'ai tenu à les produire parce que justement, cela me sortait radicalement de la famille Purple. Il y a en effet pas mal de différences. Musicalement, un groupe comme Iron Maiden est typique de la seconde génération du Hard et se distingue nettement de la première parce qu'Il est plus cohérent, plus compact. Il n est plus question de recourir aux solutions de facilité - très ennuyeuses - qu'était les solos de vingt minutes, solos de guitare, puis d'orgue, puis de batterie, comme le l'ai connu dans Deep Purple. Je crois qu ils sont plus solides musicalement. Une autre différence est l'attitude face à l'extérieur ils ne sont pas sensibles au star-system et demeurent très accessibles. Le succès n'établit pas de barrière entre eux et leur entourage, la presse, le public. Ce qui n'était pas le cas avant. En plus, ce sont des gens qui vous écoutent, qui ne sont pas persuadés d'avoir d'office raison C'est pour cette raison que je pense que c'est le groupe avec lequel je préfère travailler, avec lequel le rapport producteur-groupe est le plus constructif. Même à l'intérieur du groupe, quand bien même Steve Harris est le patron parce qu'il la fondé et qu il écrit la plupart des chansons, il y a une grande unité et personne ne cherche à se sortir individuellement du team. C'est très agréable, mais surtout très excitant car leur musique est vraiment pleine d'énergie.

Ce qu'il y a aussi de remarquable dans le parcours de Maiden, c'est qu'à chaque album, un petit changement de personnel est venu constamment ajouter un bonus au groupe :

C'est vrai que c'est un groupe dont le personnel bouge pas mal, ce qui ici est bien, car chaque nouvel arrivent apporte une dose de fraîcheur particulière à chaque album comme Adrian Smith était aussi nouveau que moi lorsque j'ai produit 'Killers', je ne peux pas faire de comparaison avec le guitariste qu'il remplaçait. Mais il est sûr que Bruce Dickinson a amélioré le groupe par rapport à Paul Di Anno qui était en retrait humainement et n'était pas très productif. Et pour 'Piece Of Mind', l'apport de Nicko (Mac Brain) a été Considérable. C'est vraiment un grand batteur. Ce qui est bien avec Iron Maiden, et qui ne risquait pas d'arriver avec Rainbow par exemple, c'est qu'ils m'expliquent toujours les raisons des départs et arrivées, si bien que je reste dans la logique du groupe et que je trouve ces modifications très naturelles : je comprends leur nécessité car elles étaient nécessaires Ces gars-là n'agissent jamais sur un coup de tête."

Ce n'est effectivement pas le genre de Steve Harris, le redoutable bassiste qui mène la meute avec teint de lucidité et d'intelligence. Mais est-il, lui aussi, un chef tyrannique comme Birch on a tait connus, semble-t-il ?

Pas du tout, affirme 'Black Night' !, Bon il est incontestable qu'il est le boss. Même si, lui-même, le niera toujours Iron Maiden, c'est lui. En plus, la situation du groupe a fait que, pendant un bon moment toute ta composition a reposé sur lui. Adrian Smith et Bruce Dickinson avaient besoin de temps pour s'acclimater. Quant à Dave Murray, qui est un très bon guitariste, il est un compositeur peu prolifique. Il écrit assez peu et est très exigeant. Pour 'Number Of The Beast' par exemple, tout reposa sur Steve. A présent, Adrian et Bruce sont tout à fait chez eux. Ils commencent à écrire, l'équilibre est meilleur. D'ailleurs, 'Piece Of Mind' est à mon avis de loin leur meilleur disque, et pas seulement parce qu'il est le dernier en date. Le fait de nous connaître de mieux en mieux a fait beaucoup progresser la qualité de notre collaboration. En fait je me sens aussi à l'aise dans Iron Maiden que j'ai pu l'être dans les meilleurs moments de Deep Purple, il est d'ailleurs convenu que nous ferons le prochain disque ensemble.

Comme quoi Birch reste fidèle à son image de producteur-familier, une image qu'il est seul à posséder dans le monde de la production de haut vol.

Il m'est difficile d'en établir clairement les raisons, avoue-t-il. Il est certain que je pense que l'on ne peut tirer le maximum d'un groupe qu'en le connaissant vraiment bien, très en profondeur. Les producteurs occasionnels qui font un album avec l'un puis l'autre sont condamnés à faire du boulot superficiel. Les résultats sont toujours très brillants, séduisants sur le moment mais ont se rend compte plus tard que la vérité du groupe n'avait pas été atteinte, et l'album perd vite de son prestige. Je ne me considère pas moi-même comme un super technicien, ce que je fais est à mon avis assez simple, mais le fait d'être habitué aux groupes avec lesquels je travaille me permet de savoir instantanément ce qu'ils veulent ou même ce qu'ils peuvent faire sans qu'ils en aient eux-même encore une idée très nette. Ou alors, les groupes me font longtemps confiance peut-être simplement … (rire) … parce qu'ils me trouvent un caractère particulièrement amical!.

En fait, s'il y a une liaison quelconque entre les diableries d'Iron Maiden et ce personnage tranquille et rigolard, c'est que, lorsque l'on signe avec lui, c'est comme conclure un pacte avec Satan : on esen prend pour un bail. L'avantage étant, bien sûr, qu'on y gagne un son … d'enfer.