Date : Mai 1981
Source : Guitare Magazine n° 8
Interview de Steve Harris par Gilles Bailly

IRON MAIDEN : LES MIGNONS ANGELOTS DE L'ENFER

Leur succès est très gros et leur tête encore plus. Ils ont triomphé au Palace et entament une tournée en France. Leur leader nous raconte ...

A la fin des années 1960, les teenagers découvraient un nouveau style musical, un son anticérébral à l'énergie entièrement concentrée dans les instruments et dont la puissance était proportionnelle à la longueur des cheveux des musiciens : le hard rock. Ses dignes représentants en étaient alors Deep Purple et Led Zeppelin. Puis la heavy metal music a proliféré, tant aux Etats-Unis qu'en Angleterre, avec des groupes comme Aerosmith, Bad Company, Blue Oyster Cult, Black Sabbath ou Status Quo... Depuis quelque temps, une troisième génération pointe le bout de sa tignasse et le hard rock est devenu universel, avec des groupes non seulement anglo-saxons, mais aussi australiens, allemands, canadiens et même français. Ils ont pour nom AC/ DC, Saxon, Offenbach, Juda's Priest, Motorhead, Trust ou le petit dernier britannique, Iron Maiden, et ils perpétuent la tradition. Nous avons rencontré Steve Harris, bassiste et fondateur d'Iron Maiden, lors de son passage à Paris pendant sa tournée française.

Comment se passe votre tournée en France ?

La réaction, jusqu'à maintenant, a été fantastique. Nous nous étions déjà produits à Paris et à Lyon, en première partie de Kiss, mais c'est la première fois que nous sommes en vedette en France. Si le public français est un peu plus distant que celui d'Angleterre, c'est qu'il ne nous connaît pas encore bien. Là-bas, nous avons déjà fait quatre tournées. Les gens connaissent la plupart des morceaux et ils les chantent avec nous pendant le show.

Parlez-nous des débuts du groupe.

Ce fut difficile ! J'ai débuté il y a cinq ans, dans l'East End de Londres. A l'époque, je n'arrivais pas à trouver de musiciens ni de contrat. Avec Dave Murray (guitare) et Paul Di Anno (chant), nous jouions dans deux pubs de l'East End qui n'existent plus aujourd'hui et parfois même dans des discothèques. Puis nous avons signé chez EMI, en pleine période punk. Nos chances paraissaient minces, mais notre premier 45t. "Running free", a eu quand même un certain succès, ce qui nous a permis de faire notre premier album : "Iron Maiden".

Pourquoi "Iron Maiden" ?

J'ai flashé en voyant un film où l'on montrait un instrument de torture, la "Vierge de fer", une sorte de caisson hérissé de pointes à l'intérieur qui se referme sur sa victime. J'ai trouvé que ça correspondait bien à la musique que je faisais (N.D.L.R. : Steve Harris compose presque toutes les chansons du groupe) et comme j'adore les films d'épouvante, j'y puise mon inspiration en grande partie. C'est ainsi que j'ai écrit "Murders in the rue Morgue" ou "Phantom of the Opera". Nous jouons une musique agressive et moi j'ai choisi l'horreur, celle du cinoche ou des bandes dessinées, comme d'autres choisissent l'enfer, par exemple. Et je crois que grâce à ça, les kids passent un bon moment avec nous.

La pochette de votre dernier album, "Killers", est spécialement violente : on y voit un zombie brandissant une hache ensanglantée.

Oui, mais là aussi il s'agit de l'esprit bande dessinée. C'est Derek Riggs qui a fait cette couverture et je crois qu'il pige fort bien notre style. Nous avons d'ailleurs fait faire un masque à partir de la pochette, et il nous sert pendant le show. "Killers" marche très bien ; nous l'avons enregistré en février, juste avant la sortie de l'album de Judas Priest avec qui nous avons fait une tournée en Angleterre. II a été classé 4ème dans les hit-parades. C'est dû en partie à notre producteur, Martin Birch, qui a travaillé avec Deep Purple. II a su nous trouver le son qu'il fallait.

Quels sont vos projets ?

Pour l'instant, nous sommes en tournée jusqu'à la fin août, c'est pourquoi nous avons dû interrompre l'enregistrement de notre troisième album. Voilà une quinzaine de mois que ça marche bien pour nous, mais il y avait plus de quatre ans que nous tournions en semi-professionnels. Nous avons une sacrée expérience de la scène et nous adorons cela. Je pense que notre quatrième album sera un disque enregistré en public …